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Topos Uranos

Résumé

Cette leçon définit le logarithme de base aa comme la fonction réciproque de l’exponentielle de base aa et, avec lui, le logarithme népérien et le logarithme décimal. Elle démontre les règles de calcul des logarithmes (du produit, du quotient et de la puissance) et la formule du changement de base avec ses conséquences, étudie la monotonie, le signe et la courbe de la fonction logarithme, avec son asymptote verticale, et prouve que log⁡23\log_2 3 et, plus généralement, le logarithme d’un entier naturel strictement supérieur à un dans une base entière naturelle première avec lui, est irrationnel. Elle applique ensuite le logarithme décimal au dénombrement des chiffres d’un nombre sans l’écrire, décrit les échelles logarithmiques de l’acoustique, de la chimie et de la sismologie, et explique le principe de la règle à calcul, qui multiplie des nombres en additionnant des longueurs.

Objectifs d’apprentissage

  1. Définir le logarithme comme réciproque d’une fonction exponentielle, calculer des logarithmes simples et reconnaître l’ensemble de définition, l’ensemble image et la courbe de la fonction logarithme.
  2. Démontrer et appliquer les règles de calcul des logarithmes et la formule du changement de base.
  3. Déterminer la monotonie et le signe d’un logarithme selon sa base, et encadrer des logarithmes au moyen d’inégalités entre puissances entières.
  4. Utiliser le logarithme décimal pour compter des chiffres et pour interpréter des échelles logarithmiques, et démontrer l’irrationalité de certains logarithmes.

Le logarithme comme réciproque d’une fonction exponentielle

Dans la leçon sur la fonction exponentielle et les puissances à exposant réel, on a démontré que, si a>0a > 0 et a≠1a \neq 1, la fonction qui à chaque réel xx associe la puissance axa^x est strictement croissante si a>1a > 1 et strictement décroissante si 0<a<10 < a < 1 ; et, par le théorème de l’ensemble image des fonctions exponentielles, démontré dans cette leçon grâce à la complétude des réels et à l’inégalité de Bernoulli, elle prend en outre chaque valeur strictement positive exactement une fois, et elle est donc une bijection de R\mathbb{R} sur l’intervalle (0,∞)\ioo{0}{\infty}. Par le théorème de la réciproque d’une fonction strictement monotone, démontré dans la leçon sur les opérations sur les fonctions, cette fonction admet une réciproque. S’il en est ainsi, pour chaque nombre strictement positif xx il existe un unique exposant yy tel que ay=xa^y = x, et la définition ci-dessous a un sens.

Soient a>0a > 0, avec a≠1a \neq 1, et x>0x > 0. Le logarithme de base aa de xx, que l’on note log⁡ax\log_a x, est l’unique nombre réel yy tel que ay=xa^y = x. La fonction log⁡a\log_a, définie sur (0,∞)\ioo{0}{\infty} et à valeurs réelles, est la réciproque de l’exponentielle de base aa.
log⁡ax=y↔ay=x\log_a x = y \leftrightarrow a^y = x

Le logarithme répond donc à la question de l’exposant : log⁡ax\log_a x est le nombre auquel il faut élever aa pour obtenir xx. Ainsi, comme 23=82^3 = 8, 3−2=193^{-2} = \frac{1}{9}, 103=100010^3 = 1000 et, d’après la leçon sur les puissances à exposant rationnel et les radicaux, 412=4=24^{\frac{1}{2}} = \sqrt{4} = 2, on a :

log⁡28=3,log⁡319=−2,log⁡101000=3,log⁡42=12\log_2 8 = 3, \qquad \log_3 \frac{1}{9} = -2, \qquad \log_{10} 1000 = 3, \qquad \log_4 2 = \frac{1}{2}

Comme log⁡a\log_a et l’exponentielle de base aa sont réciproques l’une de l’autre, chacune défait ce que fait l’autre : la première identité vaut pour tout xx strictement positif, et la seconde pour tout yy réel.

alog⁡ax=x,log⁡a(ay)=ya^{\log_a x} = x, \qquad \log_a\left(a^y\right) = y

En particulier, de a0=1a^0 = 1 et a1=aa^1 = a découlent log⁡a1=0\log_a 1 = 0 et log⁡aa=1\log_a a = 1 pour toute base. Ni zéro ni les nombres strictement négatifs n’ont de logarithme, car toute puissance de base strictement positive est strictement positive : il n’existe aucun yy tel que 2y=−42^y = -4. Deux bases ont un nom propre. La base ee, le nombre étudié dans la leçon sur le nombre e et la fonction exponentielle, donne le logarithme népérien, que l’on note ln⁡x\ln x ; la base 1010 donne le logarithme décimal, que l’on note log⁡10x\log_{10} x. Dans beaucoup de textes et de calculatrices, on écrit log⁡x\log x sans base, tantôt pour le népérien, tantôt pour le décimal ; dans ce cours, la base est toujours écrite.

ln⁡x=y↔ey=x,log⁡10x=y↔10y=x\ln x = y \leftrightarrow e^y = x, \qquad \log_{10} x = y \leftrightarrow 10^y = x

Les logarithmes furent publiés par John Napier en 1614, et Henry Briggs calcula peu d’années après les premières tables de logarithmes décimaux. Pendant plus de trois siècles, ils servirent à abréger les calculs de l’astronomie, de la navigation et de l’ingénierie, car, comme on le démontre plus loin, ils transforment les produits en sommes. La courbe du logarithme s’obtient à partir de celle de l’exponentielle de même base par le théorème de la courbe de la fonction réciproque, de la même leçon sur la fonction réciproque : la courbe d’une fonction bijective et celle de sa réciproque sont symétriques par rapport à la droite y=xy = x.

ExempleLa courbe du logarithme de base deux

Nous construisons la courbe de log⁡2\log_2 à partir de la courbe de la fonction exponentielle 2x2^x, en la réfléchissant par rapport à la droite y=xy = x.

Démonstration

  1. 2−1=12,20=1,21=2,22=4\resaltar{2^{-1}} = \frac{1}{2}, \quad \resaltar{2^0} = 1, \quad \resaltar{2^1} = 2, \quad \resaltar{2^2} = \resaltar{4}

    Nous calculons quelques points de la courbe de y=2xy = 2^x : pour xx égal à −1-1, 00, 11 et 22, la puissance vaut 12\frac{1}{2}, 11, 22 et 44.

  2. log⁡212=−1,log⁡21=0,log⁡22=1,log⁡24=2\dato{p}{\resaltar{\log_2 \frac{1}{2}} = -1, \quad \log_2 1 = 0, \quad \log_2 2 = 1, \quad \resaltar{\log_2 4} = 2}

    Par la définition, chaque égalité 2y=x2^y = x dit que log⁡2x=y\log_2 x = y : les points de la courbe du logarithme s’obtiennent en échangeant les coordonnées.

  3. y=log⁡2x↔x=2y\resaltar{y = \log_2 x} \leftrightarrow \resaltar{x = 2^y}

    Il en va de même pour tous les points : le point (x,y)(x, y) est sur la courbe de log⁡2\log_2 exactement quand (y,x)(y, x) est sur celle de 2x2^x. Les deux courbes sont symétriques par rapport à la droite y=xy = x, et la courbe de log⁡2\log_2 est le reflet de celle de l’exponentielle de base deux.

  4. x∈(0,∞)→log⁡2x∈Rx \in \resaltar{\ioo{0}{\infty}} \rightarrow \log_2 x \in \resaltar{\mathbb{R}}

    La réflexion échange l’ensemble de définition et l’ensemble image : le logarithme n’est défini que pour les nombres strictement positifs et prend toutes les valeurs réelles. L’axe des xx, dont la courbe de 2x2^x s’approche vers la gauche, devient l’axe des yy, dont la courbe de log⁡2\log_2 s’approche près de 00.