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Topos Uranos

La fonction exponentielle et les puissances à exposant réel

Résumé

Cette leçon étend les puissances de base strictement positive aux exposants réels quelconques, comme borne supérieure des puissances à exposant rationnel, et démontre que la définition prolonge celle que l’on connaissait, que la puissance est strictement monotone en l’exposant et que les règles de calcul sur les puissances restent valables. Elle étudie ensuite les fonctions exponentielles : leur ensemble de définition, leur ensemble image, que l’on obtient grâce à la complétude et à l’inégalité de Bernoulli, leur monotonie, leur asymptote horizontale, la comparaison de bases différentes, la symétrie entre les bases aa et 1a\frac{1}{a} et les transformations de leur courbe représentative. Avec l’inégalité de Bernoulli, elle montre qu’une exponentielle croît sans être majorée et finit par dépasser les puissances, et les problèmes comparent des puissances irrationnelles sans calculatrice, caractérisent les exponentielles par leur équation fonctionnelle et dénombrent les points d’intersection de y=2xy = 2^x avec la parabole y=x2y = x^2.

Objectifs d’apprentissage

  1. Définir la puissance à exposant réel d’une base strictement positive au moyen de la complétude des réels et justifier qu’elle prolonge la puissance à exposant rationnel.
  2. Démontrer la monotonie de la puissance par rapport à l’exposant et les règles ax+y=axaya^{x + y} = a^x a^y et (ax)y=axy\left(a^x\right)^y = a^{xy} par des arguments d’encadrement entre puissances rationnelles.
  3. Décrire les fonctions exponentielles (ensemble de définition, ensemble image, monotonie, asymptote, comparaison des bases), démontrer qu’elles prennent toutes les valeurs strictement positives et tracer les courbes de leurs transformations.
  4. Comparer des puissances à exposant irrationnel, résoudre des inéquations exponentielles simples et raisonner sur la croissance des exponentielles comparée à celle des puissances.

La puissance à exposant réel

Dans la leçon sur les puissances à exposant rationnel, on a défini axa^x pour a>0a > 0 et xx rationnel, on a démontré que la définition ne dépend pas de la fraction par laquelle on écrit l’exposant, que les règles de calcul sur les puissances sont valables et que, si a>1a > 1, la puissance croît avec l’exposant : si r<sr < s sont rationnels, ar<asa^r < a^s. En revanche, une expression comme 222^{\sqrt{2}} reste dépourvue de sens, car 2\sqrt{2} n’est pas une fraction et aucune racine ni puissance entière ne la définit.

Or 2\sqrt{2} est strictement supérieur aux rationnels 11, 75\frac{7}{5}, 141100\frac{141}{100}, 14141000\frac{1414}{1000}, qui s’en approchent par valeurs inférieures, et les puissances 212^1, 2752^{\frac{7}{5}}, 21411002^{\frac{141}{100}}, 2141410002^{\frac{1414}{1000}} forment une suite croissante, dont les valeurs sont environ 2 ; 2,639 ; 2,657 et 2,665. Aucune d’elles ne dépasse 232=82^{\frac{3}{2}} = \sqrt{8}, car tous ces exposants sont strictement inférieurs à 32\frac{3}{2}. S’il en est ainsi, il est naturel de définir 222^{\sqrt{2}} comme le plus petit nombre qui n’est dépassé par aucune puissance 2r2^r avec rr rationnel et r≤2r \leq \sqrt{2}, c’est-à-dire comme une borne supérieure ; son existence est garantie par la complétude des réels, présentée dans la leçon sur les ensembles de nombres.

La définition par les bornes supérieures

Soit a>1a > 1 et soit xx un nombre réel. On note AxA_x l’ensemble des puissances ara^r avec rr rationnel et r≤xr \leq x. La puissance à exposant réel axa^x est la borne supérieure de AxA_x. Si 0<a<10 < a < 1, on définit ax=(1a)−xa^x = \left(\frac{1}{a}\right)^{-x}, où la base 1a\frac{1}{a} est strictement supérieure à 11 ; et on définit 1x=11^x = 1 pour tout réel xx.
Ax={ar:r∈Q,r≤x}A_x = \{a^r : r \in \mathbb{Q}, r \leq x\}

La définition renferme deux affirmations qu’il faut démontrer : que la borne supérieure existe et que, si xx est rationnel, le nouveau nombre axa^x est celui que l’on connaissait déjà. Sans la seconde, le symbole axa^x aurait deux significations pour les exposants rationnels.

LemmeLa puissance à exposant réel est bien définie

Soit a>1a > 1. Pour tout réel xx, l’ensemble AxA_x est non vide et majoré, de sorte qu’il possède une borne supérieure. Si xx est rationnel, cette borne supérieure est la puissance à exposant rationnel axa^x.

On utilise la propriété d’Archimède, démontrée dans la leçon sur le développement décimal des nombres rationnels, et la monotonie des puissances rationnelles. La figure suit le cas a=2a = 2 et x=2x = \sqrt{2} : l’escalier des puissances rationnelles monte vers 222^{\sqrt{2}} sans l’atteindre.

Démonstration

  1. −k<x→a−k∈Ax-k < x \rightarrow \dato{nv}{a^{-k} \in A_x}

    D’après la propriété d’Archimède, il existe un entier naturel kk strictement supérieur à −x-x. L’entier −k-k est un rationnel strictement inférieur à xx, de sorte que sa puissance appartient à AxA_x, qui est non vide.

  2. r≤x<m→ar<amr \leq x < m \rightarrow \dato{cs}{\resaltar{a^r < a^m}}

    De même, il existe un entier naturel mm strictement supérieur à xx. Si rr est rationnel et r≤xr \leq x, alors r<mr < m, et d’après la monotonie des puissances rationnelles ar<ama^r < a^m : le nombre ama^m est un majorant de AxA_x.

  3. (∀r∈Q)(r≤x→ar≤ax)(\forall r \in \mathbb{Q})(r \leq x \rightarrow a^r \leq a^x)

    Par la complétude, l’ensemble non vide et majoré AxA_x possède une borne supérieure, qui est le nombre axa^x de la définition. Être un majorant signifie qu’aucune puissance rationnelle d’exposant inférieur ou égal à xx ne le dépasse.

  4. x∈Q→ax∈Ax∧(∀r∈Q)(r≤x→ar≤ax)x \in \mathbb{Q} \rightarrow \resaltar{a^x \in A_x} \wedge (\forall r \in \mathbb{Q})(r \leq x \rightarrow a^r \leq a^x)

    Si xx est rationnel, la puissance rationnelle axa^x appartient à AxA_x, avec r=xr = x, et elle est un majorant de AxA_x par la monotonie. Un élément d’un ensemble qui en est un majorant en est la borne supérieure, car tout nombre strictement inférieur cesse d’être un majorant. Les deux définitions coïncident.

La définition pour les bases strictement inférieures à 11 prolonge, elle aussi, celle que l’on connaissait : si 0<a<10 < a < 1 et rr est rationnel, d’après les règles de calcul sur les puissances à exposant rationnel (1a)−r=1(1a)r=ar\left(\frac{1}{a}\right)^{-r} = \frac{1}{\left(\frac{1}{a}\right)^r} = a^r. De plus, la définition fournit directement une règle qui servira souvent : pour toute base a>0a > 0 et tout réel xx, la puissance de la base inverse est la puissance d’exposant opposé. En effet, si a>1a > 1, la base 1a\frac{1}{a} est strictement inférieure à 11 et, par définition, (1a)x=a−x\left(\frac{1}{a}\right)^x = a^{-x} ; si 0<a<10 < a < 1, la base 1a\frac{1}{a} est strictement supérieure à 11, et la définition de a−xa^{-x} est précisément (1a)x\left(\frac{1}{a}\right)^{x}.

(1a)x=a−x\left(\frac{1}{a}\right)^x = a^{-x}

La monotonie

Le premier usage de la définition consiste à situer axa^x parmi les puissances rationnelles : avec une base strictement supérieure à 11, tout exposant rationnel strictement inférieur à xx donne une puissance strictement inférieure à axa^x, et tout exposant rationnel strictement supérieur, une puissance strictement supérieure. On en déduit la monotonie pour des exposants réels quelconques.

ThéorèmeEncadrement entre puissances rationnelles et monotonie de la puissance à exposant réel

Soit a>1a > 1 et soit xx réel. Si rr et ss sont rationnels et r<x<sr < x < s, alors ar<ax<asa^r < a^x < a^s (encadrement). Par conséquent, si x<yx < y sont réels, ax<aya^x < a^y lorsque a>1a > 1 et ax>aya^x > a^y lorsque 0<a<10 < a < 1 (monotonie). De plus, ax>0a^x > 0 pour toute base a>0a > 0 et tout réel xx.

On utilise la densité des rationnels, démontrée dans la leçon sur la droite réelle : entre deux réels distincts, il y a toujours un rationnel. La figure montre, sur la courbe de y=2xy = 2^x, comment les rationnels voisins de xx encadrent la valeur 2x2^x.

Démonstration

  1. ar<au≤axa^r < \resaltar{a^u} \leq a^x

    Par densité, il existe un rationnel uu avec r<u<xr < u < x. Sa puissance appartient à AxA_x, donc elle ne dépasse pas la borne supérieure ; et, d’après la monotonie des puissances rationnelles, elle est strictement supérieure à ara^r.

  2. ax≤aw<as,ar<ax<asa^x \leq \resaltar{a^w} < a^s, \quad \dato{enc}{a^r < a^x < a^s}

    Il existe aussi un rationnel ww avec x<w<sx < w < s. Toute puissance de AxA_x a un exposant strictement inférieur à ww, donc elle est strictement inférieure à awa^w : ce nombre est un majorant de AxA_x et il est supérieur ou égal à la borne supérieure, qui est le plus petit des majorants.

  3. x<q<y→ax<aq<ayx < q < y \rightarrow a^x < \resaltar{a^q} < a^y

    Monotonie pour a>1a > 1. Si x<yx < y, par densité il existe un rationnel qq entre les deux, et l’encadrement, appliqué une fois à xx et une fois à yy, donne l’inégalité.

  4. ax=(1a)−x>(1a)−y=aya^x = \left(\frac{1}{a}\right)^{\resaltar{-x}} > \left(\frac{1}{a}\right)^{\resaltar{-y}} = a^y

    Si 0<a<10 < a < 1, la base 1a\frac{1}{a} est strictement supérieure à 11 et les exposants opposés vérifient −y<−x-y < -x. D’après ce qui précède et la définition, l’inégalité s’inverse.

  5. r∈Q,r≤x→ax≥ar>0r \in \mathbb{Q}, \quad r \leq x \rightarrow a^x \geq \resaltar{a^r} > 0

    Positivité. Si a>1a > 1, la borne supérieure est supérieure ou égale à chaque élément de AxA_x, et ceux-ci sont des puissances rationnelles, strictement positives d’après la leçon sur les puissances rationnelles. Si 0<a<10 < a < 1, le nombre axa^x est une puissance de base 1a>1\frac{1}{a} > 1, et 1x=11^x = 1.

Si a>1a > 1, la monotonie se lit dans les deux sens : pour des réels uu et vv quelconques, u<vu < v si et seulement si au<ava^u < a^v, et u=vu = v si et seulement si au=ava^u = a^v. En effet, si l’on avait u≥vu \geq v, on aurait au≥ava^u \geq a^v. Avec une base comprise entre 00 et 11, l’équivalence vaut avec l’inégalité inversée. On compare ainsi des puissances de même base en comparant leurs exposants.

a>1→(u<v↔au<av),0<a<1→(u<v↔au>av)a > 1 \rightarrow (u < v \leftrightarrow a^u < a^v), \qquad 0 < a < 1 \rightarrow (u < v \leftrightarrow a^u > a^v)