Résumé
Cette leçon explique ce qu’est LaTeX et pourquoi le monde universitaire l’utilise. Elle part de la composition typographique, le métier qui consiste à disposer chaque lettre, chaque ligne et chaque page, et des exigences particulières des textes savants ; elle compare avec équité le langage de balisage et le traitement de texte ; elle raconte pourquoi Donald Knuth a créé TeX et comment Leslie Lamport a bâti sur lui LaTeX, dont le principe est de séparer le contenu de la forme ; elle distingue les trois moteurs avec lesquels on compile aujourd’hui, pdfLaTeX, XeLaTeX et LuaLaTeX, et justifie le choix de LuaLaTeX dans ce cours ; elle montre à quoi ressemble un fichier source et comment il devient un document PDF ; elle parcourt son usage dans les disciplines, des mathématiques et de la physique à la philosophie et à la philologie ; et elle se termine par ses limites, pour savoir quand un traitement de texte suffit.
Objectifs d’apprentissage
- Expliquer ce qu’est la composition typographique et pourquoi les textes savants l’exigent plus que d’autres.
- Comparer le langage de balisage et le traitement de texte, en relevant les avantages et les coûts de chacun.
- Distinguer TeX de LaTeX et expliquer, sur un exemple, ce que signifie séparer le contenu de la forme.
- Choisir le moteur adapté à un document selon ses langues, ses écritures et ses polices.
- Prédire ce que produit un source bref, en prêtant attention aux espaces, aux paragraphes et aux commentaires.
La composition typographique
Tout texte imprimé ou lu à l’écran a été composé : quelqu’un, ou quelque chose, a décidé de l’endroit exact où tombe chaque lettre. La composition typographique est l’ensemble de ces décisions : quelle police et quel corps employer, où finit chaque ligne et comment répartir l’espace entre ses mots pour la justifier, quels mots couper et à quel endroit, quand deux lettres se fondent en une ligature, comment ajuster l’approche entre certaines paires de lettres (le crénage), où couper chaque page, à quelle hauteur placer les notes et comment ordonner les titres. Pendant des siècles, ce fut le métier du typographe compositeur, qui formait les lignes avec des caractères de plomb ; aujourd’hui, un programme l’exécute, mais les décisions restent les mêmes.
Un bon paragraphe ne se remarque pas : l’œil parcourt les lignes sans buter sur des blancs inégaux ni sur des coupures absurdes. Or y parvenir n’est pas trivial, car chaque décision conditionne les suivantes : l’endroit où finit la première ligne détermine le mot par lequel commence la deuxième, et ainsi de suite jusqu’à la fin du paragraphe.
Une méthode simple remplit chaque ligne d’autant de mots qu’elle en peut contenir et passe à la suivante, sans revenir en arrière. Si un mot long ne tient pas à la fin de la troisième ligne, celle-ci garde de grands blancs entre ses mots, alors qu’il aurait suffi de déplacer un mot court de la deuxième ligne pour l’éviter. La méthode que Knuth et Michael Plass ont conçue pour TeX procède autrement : elle considère à la fois toutes les coupures possibles du paragraphe et choisit la combinaison qui répartit le mieux les espaces sur l’ensemble. Il s’ensuit qu’une ligne peut rester un peu moins pleine qu’elle ne l’aurait pu, si les suivantes s’en trouvent améliorées.
Les textes savants exigent cette attention plus que d’autres. Ils contiennent des formules, dont la composition obéit à des règles propres (l’espace autour d’un signe égal n’est pas celui qui entoure une virgule, et un indice est réduit dans une proportion déterminée) ; ils renvoient sans cesse à eux-mêmes, avec des sections, des théorèmes, des figures et des équations numérotées que l’on cite par leur numéro ; ils accumulent des notes de bas de page et des références bibliographiques qui doivent suivre un style uniforme ; ils mêlent souvent plusieurs langues et plusieurs écritures ; et ils sont en général longs, de sorte qu’une négligence répétée sur cent pages ne se corrige pas à la main. S’il en est ainsi, il convient de confier la composition à un système qui la règle par des règles explicites et qui laisse l’auteur s’occuper de ce qu’il dit.
Balisage et traitement de texte
Il y a deux manières de demander à un programme de composer un texte. Dans un traitement de texte, comme Microsoft Word ou LibreOffice Writer, l’auteur voit à l’écran la page telle qu’elle sera imprimée, et la modifie directement : il sélectionne un mot et le met en italique, fait glisser une marge, choisit un corps plus grand pour un titre. On décrit d’ordinaire ce mode par l’expression anglaise what you see is what you get : ce que l’on voit est ce que l’on obtient.
Dans un langage de balisage, en revanche, l’auteur écrit un fichier de texte brut dans lequel il intercale des balises qui disent ce qu’est chaque chose ou comment il faut la traiter : que tel mot est mis en relief, que telle ligne est le titre d’une section, que tel passage est une citation. Un programme lit ensuite ce fichier et produit le document composé. Les pages web s’écrivent ainsi, en HTML ; LaTeX est un langage de balisage conçu pour produire des documents imprimés de qualité.
Pour être juste, la comparaison doit reconnaître ce que chaque mode fait le mieux. Le traitement de texte offre une réponse immédiate, n’exige presque aucun apprentissage préalable, c’est l’outil que connaissent la plupart des personnes avec qui l’on collabore, et son suivi des modifications est le moyen habituel de révision dans beaucoup de maisons d’édition et d’administrations. Le langage de balisage offre, pour sa part, des fichiers de texte brut que n’importe quel programme pourra ouvrir dans quarante ans, qui occupent peu de place et dont on compare les versions ligne à ligne ; une structure explicite, dont découlent d’eux-mêmes les tables des matières, la numérotation et les renvois ; une uniformité qui ne dépend pas de la discipline de l’auteur ; et une composition des formules et des paragraphes que les traitements de texte n’atteignent pas. Son coût est tout aussi clair : il faut apprendre les balises, le résultat ne se voit qu’à la compilation et une faute de frappe peut arrêter la compilation.
TeX et LaTeX
Donald Knuth et TeX
Donald Knuth, professeur d’informatique à l’université Stanford, publiait depuis 1968 les volumes de The Art of Computer Programming. Vers 1977, en recevant les épreuves d’une nouvelle édition du deuxième volume, composées avec la technique photographique qui avait remplacé les caractères de plomb, il les jugea très inférieures à celles de la première édition, surtout dans les formules. Au lieu de s’y résigner, il décida d’écrire lui-même un programme de composition qui rende aux livres de mathématiques la qualité de la meilleure typographie traditionnelle, et dont la sortie soit identique sur n’importe quel ordinateur. La première version de TeX parut en 1978 ; Knuth la récrivit entièrement au début de la décennie suivante et conçut aussi le programme METAFONT, avec lequel il dessina les polices Computer Modern.
Le nom vient du grec : ses lettres sont les capitales tau, epsilon et khi, le début du mot τέχνη, qui signifie à la fois art et technique, et c’est pourquoi la dernière lettre ne se prononce pas comme un x. Knuth a déclaré TeX achevé et n’y admet plus que des corrections de bogues : depuis la version 3, le numéro de version s’approche de π, et chaque correction lui ajoute une décimale. Cette stabilité est l’une de ses vertus, car un document écrit il y a des décennies se compile aujourd’hui avec le même résultat.
Or TeX est un langage de bas niveau : ses instructions primitives parlent de boîtes, d’espaces élastiques et de pénalités pour couper une ligne à un endroit ou à un autre. Pour un auteur qui veut seulement écrire un article, programmer en ces termes chaque titre et chaque note serait une charge démesurée. TeX permet donc de définir des macros, de nouvelles instructions qui se développent en d’autres plus élémentaires, et presque tout son usage réel passe par des collections de macros.
Leslie Lamport et LaTeX : le contenu séparé de la forme
Au début des années 1980, Leslie Lamport, informaticien connu surtout pour ses travaux sur les systèmes répartis, écrivit sur TeX une collection de macros qu’il appela LaTeX, dont la première version circula en 1984 ; en 1986, il publia le manuel LaTeX: A Document Preparation System. Depuis 1994, la version en vigueur, appelée LaTeX2e, est maintenue par une équipe de bénévoles, le LaTeX Project.
L’idée centrale de LaTeX est que l’auteur balise le contenu et non la forme. Il n’écrit pas « cette ligne en gras et dans un corps plus grand », mais « ceci est le titre d’une section », avec \section{Résultats} ; il n’écrit pas « ce mot en italique », mais « ce mot est mis en relief », avec \emph{hypothèse}. L’aspect d’un titre de section, s’il porte un numéro et à quelle distance il se tient du texte, c’est la classe du document qui en décide, déclarée au début, avec les instructions que l’auteur ajoute dans le préambule. Il s’ensuit que l’aspect de tout le document se modifie en un seul endroit, et que le même texte peut être composé selon les normes de deux revues différentes sans toucher une ligne du corps.
Dans le source suivant, il n’y a aucune indication de corps, de police ni de numéro : on dit seulement ce qu’est chaque ligne. La numérotation de la section et de la sous-section, le corps et la graisse de leurs titres et l’italique du mot mis en relief sont décidés par la classe du document.
Si l’on insère plus tard une section avant celle-ci, son numéro passe tout seul de un à deux, et il en va de même de la sous-section et de tout renvoi qui les cite.
Les moteurs : pdfLaTeX, XeLaTeX et LuaLaTeX
LaTeX est un ensemble de macros, non un programme : il lui faut un moteur, un programme de la famille de TeX qui les exécute et produise le document. Trois sont en usage aujourd’hui, et tous trois comprennent le même LaTeX ; ils diffèrent par la manière dont ils lisent le texte et par les polices qu’ils peuvent employer.
- pdfLaTeX utilise le moteur pdfTeX, que Hàn Thế Thành a développé pour produire directement un fichier PDF. Il est rapide et très répandu, et c’est le moteur par défaut d’Overleaf. Or ses polices sont celles du format classique de TeX, avec au plus 256 caractères chacune, de sorte qu’il ne charge pas directement les polices installées sur le système, et écrire du grec, du cyrillique ou d’autres écritures exige des codages et des extensions particuliers ; sans eux, une lettre grecque arrête la compilation sur une erreur.
- XeLaTeX utilise le moteur XeTeX, créé par Jonathan Kew, qui lit le texte en Unicode, la norme qui attribue un numéro à chaque caractère de toutes les écritures, et charge n’importe quelle police OpenType du système au moyen de l’extension fontspec.
- LuaLaTeX utilise le moteur LuaTeX, qui offre la même chose que XeTeX pour ce qui est d’Unicode et des polices, et intègre en outre le langage de programmation Lua, par lequel les extensions peuvent intervenir dans la composition. Les distributions actuelles l’exécutent avec la bibliothèque HarfBuzz, qui met en forme les écritures dont les lettres se lient ou se combinent, comme l’arabe ou la devanagari.
Ce cours utilise LuaLaTeX. Les raisons découlent de ce qui précède : il écrit directement en Unicode, de sorte qu’une citation de Platon en grec polytonique, avec ses accents et ses esprits, se tape telle quelle ; il emploie les polices du système, y compris celles qu’exige une université ou une revue ; il compose le latin, le grec et le français dans un même document, chacun avec ses propres règles de césure ; et il admet, avec les extensions adéquates, des écritures qui vont de droite à gauche, comme l’arabe, ou qui ne séparent pas leurs mots par des espaces, comme le chinois et le japonais. Par conséquent, un seul moteur sert pour tous les documents d’un cours qui s’adresse à la fois aux sciences et aux lettres. Son seul coût par rapport à pdfLaTeX est une compilation un peu plus lente, qui se remarque à peine dans des documents de taille ordinaire.
Le source suivant charge fontspec, choisit une police qui contient des lettres grecques et déclare, au moyen de babel, le français comme langue principale, le grec ancien et le latin comme langues secondaires. Les mots grecs s’écrivent directement avec leurs caractères.
\documentclass{article}\usepackage{fontspec}\usepackage[latin, french]{babel}\babelprovide[import]{ancientgreek}\setmainfont{Linux Libertine O}\begin{document}Aristote ouvre la \emph{Métaphysique} par cette phrase :\foreignlanguage{ancientgreek}{πάντες ἄνθρωποι τοῦ εἰδέναι ὀρέγονται φύσει.}La tradition latine l’a transmise ainsi :\foreignlanguage{latin}{omnes homines natura scire desiderant.}\end{document}Baliser un passage avec \foreignlanguage ne change pas l’aspect des lettres : cela indique dans quelle langue est le passage, pour que s’appliquent ses règles de césure et ses conventions. Avec l’option french, babel insère de lui-même l’espace insécable qui convient avant les deux-points, même si l’on y tape une espace ordinaire. Avec pdfLaTeX, ce même source ne compilerait pas : fontspec exige XeLaTeX ou LuaLaTeX.
Le fichier source, la compilation et le PDF
Un document LaTeX est un fichier de texte brut portant l’extension .tex. Il se compose de deux parties. Le préambule va de la première ligne, \documentclass{article}, qui déclare la classe du document, jusqu’à \begin{document} ; on y charge les extensions, avec \usepackage, et on y fixe les décisions de forme. Le corps va de \begin{document} à \end{document} et contient le texte. Les instructions commencent par une contre-oblique, et ce qu’elles reçoivent s’écrit entre accolades.
Ce source est un document complet : il se compile sans qu’on y ajoute rien, et il sera le point de départ des documents du cours.
La section reçoit le numéro un sans qu’on l’ait écrit, et son titre emploie la police et le corps que fixe la classe article.
Le cycle de travail comporte trois temps : on écrit le source, on le compile et on lit le résultat. Compiler, c’est exécuter le moteur sur le fichier, dans ce cours la commande lualatex, qui lit le source et écrit un fichier PDF du même nom. À côté de lui restent des fichiers auxiliaires, parmi lesquels un fichier d’extension .log, le journal, où le moteur consigne les erreurs et les avertissements, et un autre d’extension .aux, où il garde les numéros des sections et des pages. C’est pourquoi une table des matières ou un renvoi n’apparaît correctement qu’après une deuxième compilation : à la première, le moteur note où chaque chose a abouti ; à la seconde, il s’en sert. En pratique, on ne tape pas la commande à la main : l’éditeur l’exécute d’un clic. Dans ce cours, on travaille avec Texmaker, sur son propre ordinateur, ou avec Overleaf, dans le navigateur ; la leçon suivante prépare cet environnement.
Le source ne se compose pas tel qu’on l’écrit, et trois règles expliquent presque toutes les surprises du début. Premièrement, plusieurs espaces consécutives valent autant qu’une seule, et un saut de ligne vaut une espace : le moteur répartit l’espace de lui-même, et celle que l’auteur tape indique seulement qu’un mot finit là. Deuxièmement, une ou plusieurs lignes blanches terminent le paragraphe et en commencent un autre. Troisièmement, le signe % ouvre un commentaire : le moteur ignore tout ce qui suit jusqu’à la fin de la ligne, y compris le saut de ligne lui-même.
Le source suivant est écrit avec négligence à dessein. Le résultat comporte deux paragraphes aux espaces uniformes, et la note qui suit le signe de commentaire n’apparaît pas.
S’il en est ainsi, pour imprimer le signe pour cent il ne suffit pas de l’écrire : il faut le faire précéder d’une contre-oblique, ainsi : \%. Il en va de même des autres caractères que LaTeX réserve à ses propres fonctions, comme les accolades ou le signe dollar.
LaTeX dans les disciplines savantes
En mathématiques, en physique et dans une bonne partie de l’informatique, LaTeX est la norme : les revues proposent leurs propres classes de document pour que les auteurs remettent leurs articles à leur format, et arXiv, le dépôt où circulent les articles de ces disciplines avant leur publication, reçoit les sources LaTeX et les compile lui-même. La raison en est la composition des formules, qu’aucun autre système n’égale avec si peu d’effort, et la numérotation automatique des théorèmes et des équations. L’économie, la statistique, l’ingénierie et la chimie l’emploient aussi dans une large mesure.
Ce serait une erreur, pourtant, de croire que LaTeX est l’affaire exclusive des sciences exactes. En philosophie, en philologie classique et en histoire, ses vertus sont autres, et non moindres. Les éditions critiques, qui accompagnent un texte ancien d’un apparat consignant les variantes des manuscrits dans des notes rapportées à des numéros de ligne, disposent dans LaTeX d’extensions spécialisées, comme reledmac, qui numérotent les lignes, ordonnent plusieurs niveaux de notes et maintiennent leurs renvois quand le texte change. Le grec polytonique et le latin s’écrivent et se coupent correctement, comme on l’a vu. Les notes de bas de page, qui dans un essai de lettres peuvent se compter par centaines, se numérotent et se placent d’elles-mêmes sur leur page. Et la bibliographie, avec BibLaTeX, s’écrit une seule fois sous forme de base de données et se cite selon le style demandé, que ce soit le style auteur-date des sciences sociales, le style numérique des sciences ou le style en notes de bas de page des lettres, en changeant une seule option.
Les limites de LaTeX
Or LaTeX a des coûts réels, et il convient de les connaître avant de l’adopter. Sa courbe d’apprentissage est raide : les premières semaines obligent à chercher souvent comment faire ce qui, dans un traitement de texte, se fait d’un clic. Ses messages d’erreur, hérités de TeX, sont souvent cryptiques et désignent parfois une ligne postérieure à celle qui contient l’erreur ; une prochaine leçon de cette unité apprend à les lire. La composition de pages à mise en page libre, comme une affiche ou un magazine illustré, où chaque élément se place à la main, est plus laborieuse que dans un logiciel de mise en page. Et tous les destinataires ne l’acceptent pas : bon nombre de revues de lettres, de maisons d’édition et d’administrations exigent un fichier de traitement de texte, et révisent avec son suivi des modifications.
D’où un critère simple. Une lettre courte, un procès-verbal, un formulaire ou un texte qu’une autre personne révisera dans un traitement de texte s’écrit mieux dans un traitement de texte. Un document long, avec une structure, des formules, des citations, des notes, plusieurs langues ou une longue vie devant lui, qu’il faudra corriger et rééditer pendant des années, s’écrit mieux en LaTeX.
Problèmes résolus
Les problèmes suivants ne demandent pas de se rappeler ce qui a été dit, mais de l’appliquer : le premier exige de prédire exactement ce que produit un source, le deuxième, de décider quel moteur et quelles polices un document requiert, et le troisième, de séparer le contenu de la forme dans un source écrit sans ce soin.
Sans le compiler, prédire exactement le texte que produit le corps suivant, combien de paragraphes il comporte et ce qu’il advient de chaque signe pour cent.
La composition typographique décide où tombe chaque lettre.Un bon paragraphe ne se remarque pas.Près de 50 % des lecteursne voient pas la différence. Ce vo%cable reste entier.Solution
Les trois premières lignes n’ont aucune ligne blanche entre elles : elles forment un seul paragraphe. Les espaces répétées et celles du début de la deuxième ligne se réduisent à une seule, et chaque saut de ligne vaut une espace. Le premier paragraphe dit : « La composition typographique décide où tombe chaque lettre. Un bon paragraphe ne se remarque pas. »
Viennent deux lignes blanches. Une suffit à terminer un paragraphe, et une seconde n’ajoute rien : il n’y a ni paragraphe vide ni espace plus grande. Commence donc le deuxième paragraphe.
Dans la ligne
Près de 50 % des lecteurs, le signe pour cent ne s’imprime pas : il ouvre un commentaire. Le moteur écarte « des lecteurs » et aussi le saut de ligne ; il ne reste que l’espace tapée avant le signe, et la ligne suivante continue à partir d’elle.Dans « vo », le signe pour cent est collé au mot : il écarte le saut de ligne sans laisser aucune espace, et le moteur omet les espaces du début de la ligne suivante. Il s’ensuit que « vo » et « cable » se soudent en un seul mot.
Le deuxième paragraphe dit : « Près de 50 ne voient pas la différence. Ce vocable reste entier. » L’auteur voulait écrire un pourcentage et a perdu une demi-phrase sans que le moteur signale la moindre erreur ; pour imprimer le signe, il devait écrire
\%.
Une étudiante en philosophie écrit en français une thèse sur le Phédon. Elle cite des passages de Platon en grec polytonique et des passages de commentateurs latins, et son université exige une police déterminée, installée sur son ordinateur comme fichier OpenType, qui ne contient pas de lettres grecques. Décider de quel moteur elle a besoin et ce qu’elle doit déclarer en outre pour que le document sorte complet.
Solution
pdfLaTeX est écarté pour deux raisons indépendantes : il ne charge pas directement les polices OpenType du système, et une lettre grecque écrite en Unicode arrête sa compilation si l’on ne prépare pas des codages et des polices particuliers. La première suffit à l’exclure, car la police institutionnelle est obligatoire.
XeLaTeX et LuaLaTeX lisent l’Unicode et chargent les polices du système avec fontspec : avec l’un comme avec l’autre, la police institutionnelle se déclare dans le préambule au moyen de
\setmainfont. Le cours utilise LuaLaTeX.Or le moteur ne suffit pas. Si la police ne contient pas de lettres grecques, LuaLaTeX compile sans erreur, mais les mots grecs n’apparaissent pas dans le PDF : le moteur en laisse seulement trace dans le journal, par des avertissements du type
Missing character. Le problème ne se voit pas à la compilation, mais à la lecture du résultat.Il faut donc attribuer au grec une seconde police qui le contienne. Avec babel, on déclare le grec ancien comme langue avec
\babelprovide[import]{ancientgreek}et on lui attribue sa police avec\babelfont[ancientgreek]{rm}{GFS Didot}; chaque passage grec se balise avec\foreignlanguage.Le latin s’écrit avec l’alphabet latin, que contient la police institutionnelle ; il n’a pas besoin d’une autre police, mais seulement d’être déclaré comme langue, avec l’option
latinde babel, pour que ses mots soient coupés selon les règles du latin et non selon celles du français.En somme : LuaLaTeX, la police institutionnelle comme police principale, une police avec le grec polytonique pour les passages grecs, et le français, le grec ancien et le latin déclarés comme langues.
Un auteur a écrit ainsi le début de la deuxième section d’un article. Indiquer quelles balises expriment la forme au lieu du contenu, les récrire de manière qu’elles disent seulement ce qu’est chaque chose, et expliquer ce que l’on gagne si la revue demande ensuite que les termes grecs paraissent sans italique.
{\Large\bfseries 2. Résultats}\\[6pt]Comme l’affirme Aristote dans la \textit{Métaphysique}, le désirde savoir est \textit{naturel} ; le terme grec est \textit{φύσει}.\\\vspace{12pt}{\large\bfseries 2.1. L’échantillon}\\Solution
La première ligne fixe à la main le corps, la graisse, le numéro et l’espacement de ce qui est, en réalité, le titre d’une section. On la remplace par
\section{Résultats}, et le numéro est fourni par la classe ; écrit à la main, il serait décalé dès qu’on insérerait une section antérieure.Dans ce source,
\textitapparaît trois fois, avec trois fonctions différentes : il marque le titre d’une œuvre, un mot mis en relief et un terme grec. Que les trois s’impriment aujourd’hui en italique est une coïncidence de forme, non une identité de contenu.Chaque fonction reçoit sa propre balise. Pour le mot mis en relief, il existe
\emph{naturel}; pour les deux autres, on définit dans le préambule de nouvelles instructions, par exemple\newcommand{\oeuvre}[1]{\textit{#1}}et une autre analogue,\terme, qui s’emploient dans le corps sous la forme\oeuvre{Métaphysique}et\terme{φύσει}.Les doubles contre-obliques, qui forcent un saut de ligne, et l’espace vertical ajouté à la main imitent la séparation entre paragraphes. On les supprime : une ligne blanche termine le paragraphe, et la classe décide de l’espacement. Le titre de la sous-section s’écrit
\subsection{L’échantillon}.Si la revue demande les termes grecs sans italique, il suffit de changer une ligne du préambule, celle qui définit
\terme, et le changement atteint tous les termes de l’article, sans toucher aux titres d’œuvres ni aux mots mis en relief. Avec le source d’origine, il faudrait revoir un à un tous les italiques et décider dans chaque cas à quelle fonction il correspondait.
Exercices en ligne
Dans ces exercices, on écrit le code dans le cadre et le navigateur le vérifie aussitôt : il contrôle les accolades, les environnements et ce que demande chaque exercice, sans le compiler. Une fois la vérification réussie, il convient de copier le code dans Texmaker et de le compiler, car seul le résultat compilé montre ce qui s’imprime réellement.
Le cadre contient seulement le texte d’un document écrit en espagnol ; la vérification cherche ce texte même, il faut donc le garder tel quel. Le compléter jusqu’à obtenir un document entier qui se compile avec LuaLaTeX : la classe article, les extensions fontspec et babel avec l’espagnol, qui est la langue du texte, et le début et la fin du corps. Le texte ne change pas.
Le navigateur vérifie votre code immédiatement, sans le compiler ni le noter. Pour voir le résultat réel, compilez-le dans Texmaker.
Indice
Un document se compose de deux parties : le préambule, qui commence par la classe et charge les extensions, et le corps, qui contient le texte.
Voir la solution
\documentclass{article}\usepackage{fontspec}\usepackage[spanish]{babel}\begin{document}\section{Introducción}La composición tipográfica decide dónde cae cada letra.\end{document}Le fragment suivant, tiré d’un article en espagnol, dit comment chaque ligne doit apparaître, et non ce qu’elle est. Le récrire de manière qu’il balise le contenu : le premier titre est une section et le second une sous-section, toutes deux numérotées par la classe, et « qué es » (« ce qu’est ») est une expression mise en relief. Le texte ne change pas (la vérification cherche les mots espagnols), et les sauts de ligne forcés disparaissent.
Le navigateur vérifie votre code immédiatement, sans le compiler ni le noter. Pour voir le résultat réel, compilez-le dans Texmaker.
Indice
Pour chaque ligne, demande-toi ce qu’elle est (un titre de section, de sous-section, une expression mise en relief) et cherche l’instruction qui le dit ; tout le reste, c’est la classe qui en décide.
Voir la solution
\section{Marcado y procesador de textos}En un lenguaje de marcado, el autor dice \emph{qué es} cada cosa.\subsection{El procesador de textos}El autor ve la página tal como se imprimirá.Problèmes proposés
Chaque problème a une indication, qu’il vaut mieux n’ouvrir qu’après avoir cherché, et une réponse, qui apparaît après l’ouverture de l’indication.
Prédire quel texte produit le corps suivant, dans lequel \LaTeX et \TeX sont les instructions qui impriment les logos de LaTeX et de TeX. Expliquer la différence entre les deux lignes et proposer une correction pour la première.
J’écris avec \LaTeX depuis un an.J’utilise \LaTeX{} et \TeX\ tous les jours.Indice
Demande-toi où finit le nom d’une instruction formée de lettres, et ce que fait le moteur de l’espace qui le suit : fait-elle partie du texte ou de l’instruction ?
Réponse
Un seul paragraphe : « J’écris avec LaTeXdepuis un an. J’utilise LaTeX et TeX tous les jours. » Le nom de l’instruction finit au premier caractère qui n’est pas une lettre, et les espaces qui le suivent sont absorbées par sa lecture ; dans la deuxième ligne, les accolades vides et la contre-oblique suivie d’une espace ferment l’instruction et conservent l’espace. La première ligne se corrige avec \LaTeX{} depuis ou avec une contre-oblique suivie d’une espace.
Pour chacun des documents suivants, décider avec quels moteurs il peut être compilé sans préparatifs particuliers et justifier la décision : une thèse de mathématiques en français, composée avec la police par défaut de LaTeX ; l’édition d’un traité grec avec des notes en latin, qui doit employer une police OpenType installée sur le système ; et un article en français qui cite des sources en arabe et en hindi. Expliquer ensuite pourquoi le cours adopte un seul moteur pour tous.
Indice
Pour chaque document, demande-toi deux choses : s’il a besoin d’une police du système, et s’il contient des écritures autres que l’alphabet latin qui doivent être lues en Unicode et, dans certains cas, lier ou combiner leurs lettres.
Réponse
La thèse de mathématiques admet les trois moteurs. L’édition grecque exige XeLaTeX ou LuaLaTeX, à cause de la police du système et du grec en Unicode. L’article avec de l’arabe et du hindi exige aussi XeLaTeX ou LuaLaTeX, à cause de l’Unicode, des lettres qui se lient et se combinent et, pour l’arabe, de l’écriture de droite à gauche. LuaLaTeX sert pour les trois, et avec un seul moteur les sources du cours se compilent toutes de la même manière.
Décider, pour chaque cas, s’il vaut mieux employer LaTeX ou un traitement de texte, et justifier la décision par un critère qui ne soit pas l’habitude : une lettre de deux pages adressée à une administration ; une thèse de deux cents pages avec des formules, des figures numérotées et cent cinquante références ; un article pour une revue d’histoire qui n’accepte que des fichiers de traitement de texte et révise avec le suivi des modifications ; et des notes de cours avec des citations grecques, que leur auteur enrichira pendant plusieurs années.
Indice
Considère, dans chaque cas, l’étendue et la structure du document, combien de temps il vivra et qui d’autre devra lire ou modifier son fichier, et pas seulement le résultat imprimé.
Réponse
La lettre, dans un traitement de texte : elle est brève, sans structure et sans vie ultérieure. La thèse, en LaTeX : son étendue, ses formules et ses renvois tirent profit de la numérotation automatique et de la bibliographie sous forme de base de données. L’article, dans un traitement de texte, parce que le destinataire l’impose. Les notes de cours, en LaTeX : leur longue vie, leur structure croissante et le grec plaident pour le texte brut et l’Unicode.