Résumé
Cette leçon enseigne à conduire un document achevé jusqu’à sa destination : une revue, un dépôt ou une archive. Elle explique pourquoi les revues distribuent leurs propres classes, lesquelles sont déjà fournies avec TeX Live et comment on y adapte une source personnelle, en conservant le contenu et les commandes porteuses de sens et en abandonnant sa propre mise en page ; elle montre les conflits que cette adaptation révèle dans le journal de compilation, avec le moteur et avec la bibliographie ; elle donne une liste de vérifications pour préparer une soumission ; elle décrit comment arXiv compile lui-même la source, quels moteurs il propose, que faire si le document a été composé avec LuaLaTeX, quand le .bib suffit et quand on dépose le .bbl ; elle présente le PDF/A pour l’archivage à long terme, avec l’interface \DocumentMetadata et avec l’extension pdfx ; elle décrit l’état actuel du PDF balisé et du texte alternatif des figures ; et elle se termine par les licences Creative Commons pour partager un document et sa source.
Objectifs d’apprentissage
- Expliquer ce que décide la classe d’une revue et y adapter une source personnelle, en distinguant ce que l’on conserve, ce que l’on abandonne et ce qu’il faut changer.
- Interpréter dans le journal les conflits entre un modèle et la source personnelle, avec le moteur ou avec le système de bibliographie.
- Préparer un dossier de soumission qui compile seul, sans fichiers superflus et avec la bibliographie sous la forme que demande la destination.
- Décider comment soumettre à arXiv un document composé avec LuaLaTeX, à partir de ce que sa documentation dit des moteurs et de la bibliographie.
- Produire un PDF/A avec
\DocumentMetadataou avec pdfx, et corriger l’avertissement de version que produit la première méthode. - Activer le balisage du PDF, donner un texte alternatif aux figures et fixer la langue et les métadonnées du document, en sachant que le balisage est encore un chantier en cours.
Les classes des revues
Dans la leçon sur les classes de document et la mise en page, on a vu que la classe décide de la forme générale du document : la zone de texte, les titres, la page de titre, le résumé. Une revue veut que tous ses articles aient la même forme, et qu’ils l’aient sans dépendre du goût de chaque auteur. Il en découle la pratique la plus répandue dans les disciplines qui écrivent en LaTeX : la revue, ou l’éditeur, distribue sa propre classe, et l’auteur ne fournit que le contenu. La revue y gagne l’uniformité et un travail d’édition moindre ; l’auteur y gagne de ne pas avoir à imiter à la main une mise en page étrangère.
Des classes déjà installées
Beaucoup de ces classes sont fournies avec TeX Live. Pour savoir si l’une d’elles est installée, il suffit de demander où se trouve son fichier avec kpsewhich, la commande avec laquelle la distribution cherche ses propres fichiers : si elle répond par un chemin, la classe est là ; si elle ne répond rien, elle manque, et on l’installe comme on l’a expliqué dans la leçon sur l’environnement de travail.
$ kpsewhich elsarticle.cls # revues de l'éditeur Elsevier$ kpsewhich revtex4-2.cls # revues de l'American Physical Society$ kpsewhich IEEEtran.cls # publications de l'Institute of Electrical and Electronics Engineers$ kpsewhich amsart.cls # articles de l'American Mathematical Society$ kpsewhich llncs.cls # Lecture Notes in Computer Science, chez SpringerDans une installation complète de TeX Live 2025, les cinq répondent par un chemin, et les cinq compilent avec LuaLaTeX un document minimal avec fontspec et babel. Le journal indique quelle version a été chargée, dans la ligne qui commence par « Document Class » ; par exemple, « elsarticle 2026/01/09, 3.5 » ou « amsart 2020/05/29 v2.20.6 ». Il vaut la peine de la regarder, car la revue peut exiger une version plus récente que celle de la distribution, et dans ce cas on utilise celle qu’elle fournit sur sa page destinée aux auteurs.
Qu’une classe compile ne veut pas dire qu’elle fonctionne de la même manière avec n’importe quel moteur. Beaucoup d’entre elles ont été écrites pour pdfLaTeX et choisissent leurs polices avec les codages de ce moteur. Avec IEEEtran, par exemple, le document minimal compile avec LuaLaTeX et fontspec, mais le journal avertit que la police demandée par la classe n’existe pas dans le codage de fontspec, et la remplace par Latin Modern : l’article n’a plus l’aspect que la revue attend.
LaTeX Font Warning: Font shape `TU/ptm/m/n' undefined(Font) using `TU/lmr/m/n' instead on input line 503.La règle qui s’en déduit est simple : avant de rien adapter, on lit les instructions aux auteurs de la revue, qui disent quelle classe utiliser, avec quel moteur compiler et quel système de bibliographie employer. Si la revue compile avec pdfLaTeX, la source doit compiler avec pdfLaTeX.
Adapter la source à un modèle
Adapter un article à la classe d’une revue, c’est surtout retirer. Si l’article a été écrit comme ce cours l’a enseigné, en séparant le sens de l’aspect, l’opération est presque mécanique, et elle se réduit à trois décisions.
- On conserve le contenu : les sections, le texte, les formules, les figures avec leurs légendes, les étiquettes et les renvois.
- On abandonne sa propre mise en page : la classe et ses options, les marges de geometry, les en-têtes, la police principale, les faux titres en gras et les espaces placées à la main. Tout cela, c’est désormais la revue qui le décide.
- On conserve les commandes porteuses de sens : celles qui ont été définies dans les leçons sur la mise en forme porteuse de sens et sur les macros et le préambule personnel, comme
\oeuvreou\concept. Comme elles nomment des fonctions et non des aspects, elles restent valables avec n’importe quelle classe ; si la revue veut une autre forme, il suffit de changer leur définition.
Voici un court article sous sa forme personnelle, avec KOMA-Script, des marges fixées à la main, un titre et un résumé factices, et la bibliographie avec biblatex.
\documentclass[11pt]{scrartcl}\usepackage{fontspec}\usepackage[french]{babel}\usepackage[margin=2.5cm]{geometry}\usepackage{csquotes}\usepackage[style=authoryear]{biblatex}\addbibresource{fuentes.bib}\newcommand{\oeuvre}[1]{\emph{#1}}\begin{document}\begin{center}\Large\textbf{La lecture lente comme méthode}\end{center}\vspace{1em}\noindent\textbf{Résumé.} On examine la lecture lente comme méthode.\section{Position du problème}La méthode remonte à la tradition philologique \parencite{eco1977},et \oeuvre{Come si fa una tesi di laurea} la recommande.\printbibliography\end{document}La revue, dans cet exemple, demande la classe elsarticle avec le style auteur-année de l’éditeur. Ses instructions disent en outre une chose que la source personnelle ne pouvait pas prévoir : la bibliographie se fait avec BibTeX et l’extension natbib, que la classe charge d’elle-même, et non avec biblatex. Si l’on laisse \usepackage{biblatex} dans le préambule, la compilation s’arrête, car les deux extensions ne peuvent pas cohabiter.
! Package biblatex Error: Incompatible package 'natbib'.La base bibliographique, en revanche, ne change pas : le même fichier .bib de l’unité sur la base bibliographique sert à BibTeX et à biber.
@book{eco1977, author = {Eco, Umberto}, title = {Come si fa una tesi di laurea}, publisher = {Bompiani}, address = {Milano}, year = {1977}}\documentclass[preprint,12pt,authoryear]{elsarticle}\usepackage{fontspec}\usepackage[french]{babel}\newcommand{\oeuvre}[1]{\emph{#1}} % conservée, elle nomme une fonction\journal{Revue d'études de la lecture}\begin{document}\begin{frontmatter}\title{La lecture lente comme méthode}\author{Anne Petit}\affiliation{organization={Département de lettres}, city={Lyon}, country={France}}\begin{abstract}On examine la lecture lente comme méthode.\end{abstract}\begin{keyword}lecture \sep méthode \sep étude\end{keyword}\end{frontmatter}\section{Position du problème}La méthode remonte à la tradition philologique \citep{eco1977},et \oeuvre{Come si fa una tesi di laurea} la recommande.\bibliographystyle{elsarticle-harv}\bibliography{fuentes}\end{document}Ont disparu geometry, le titre factice, l’espace placée à la main et la ligne en gras : le titre, l’autrice, l’affiliation, le résumé et les mots-clés se déclarent avec les commandes de la classe, qui les compose à sa manière. La citation a changé de nom, de \parencite à \citep, la commande de natbib qui la met entre parenthèses, et la liste se demande avec \bibliographystyle et \bibliography. \oeuvre n’a pas changé. Il faut noter en outre que la classe écrit « Abstract » et « Keywords » en anglais bien que babel soit en français : ces intitulés sont fixés par la revue, non par la langue du document. Le titre de la liste, « Références », suit en revanche babel.
Si le modèle de la revue ne charge pas natbib, biblatex peut rester ; la seule manière de le savoir est de lire ses instructions puis le journal.
Les modèles de thèse
Beaucoup d’universités proposent un modèle pour leurs thèses, qui fixe la page de titre, les marges exigées pour la reliure, l’ordre des pages liminaires et, parfois, le style des citations. Sa logique est la même que celle d’une revue, avec deux précautions propres. D’abord, il convient de l’obtenir auprès de la source officielle de l’université (sa bibliothèque ou son école doctorale) et de vérifier qu’il s’agit de la version en vigueur, car beaucoup de copies anciennes circulent. Ensuite, il convient de vérifier au début, et non à la fin, avec quel moteur il compile et quel système de bibliographie il suppose. Une thèse organisée comme on l’a expliqué dans la leçon sur les documents longs, avec un fichier principal et un fichier par chapitre, change de modèle en changeant seulement le fichier principal.
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