Résumé
Cette leçon construit les nombres rationnels à partir des entiers relatifs. Elle définit la fraction comme un couple d’entiers dont le second terme est non nul, démontre que l’égalité des produits en croix se comporte comme une égalité et que la somme et le produit ne dépendent pas des fractions choisies pour représenter chaque nombre, et prouve que tout rationnel a une fraction irréductible et une seule. Elle étudie ensuite le calcul avec les fractions (le dénominateur commun, la simplification avant le produit, les fractions composées et les erreurs les plus fréquentes) et l’ordre des rationnels, avec ses deux propriétés caractéristiques : la densité et la propriété d’Archimède.
Objectifs d’apprentissage
- Définir les rationnels comme des fractions d’entiers identifiées par l’égalité de leurs produits en croix, et démontrer que la somme et le produit sont bien définis.
- Démontrer l’existence et l’unicité de la fraction irréductible, et s’en servir pour simplifier et pour décider si deux fractions représentent le même nombre.
- Calculer avec les fractions de manière efficace : réduire au même dénominateur avec le plus petit commun multiple, simplifier avant de multiplier, résoudre des fractions composées et reconnaître les erreurs habituelles.
- Comparer des rationnels et appliquer dans des démonstrations les propriétés de l’ordre, la densité et la propriété d’Archimède.
Les fractions et leur équivalence
Dans la leçon sur les ensembles de nombres, les rationnels ont été présentés comme les fractions d’entiers de dénominateur non nul, et l’on a averti que la fraction ne peut pas être définie comme une division, car la division est précisément ce que les entiers ne permettent pas. Cette leçon mène à bien la construction qui y était annoncée. Son point de départ est l’ensemble des entiers de la leçon sur les entiers relatifs, avec leur somme, leur produit, leur ordre et une propriété qui servira constamment : le produit de deux entiers non nuls est non nul. Il s’ensuit qu’un facteur non nul peut être simplifié, car si avec , alors , et par conséquent .
Définition (fraction). Une fraction est un couple d’entiers avec , que l’on écrit ; l’entier est son numérateur et son dénominateur. On dit que et sont des fractions équivalentes lorsque leurs produits en croix coïncident, c’est-à-dire lorsque .
Ainsi, et sont équivalentes, car , tandis que et ne le sont pas, car . La définition n’est pas arbitraire. Si les fractions doivent être des quotients, l’égalité doit équivaloir, en multipliant les deux membres par , à l’égalité ; la définition prend pour point de départ cette conséquence, qui ne contient que des produits d’entiers et qui a donc un sens avant que la division n’existe. Or, pour que l’équivalence puisse tenir lieu d’égalité, elle doit se comporter comme elle : elle doit être une relation d’équivalence, au sens de la leçon sur les ensembles, les relations et les fonctions.
L’équivalence des fractions est réflexive, symétrique et transitive : toute fraction est équivalente à elle-même ; si est équivalente à , alors l’est à ; et si est équivalente à et l’est à , alors est équivalente à . Les deux premières propriétés découlent de la commutativité du produit ; la troisième exige de simplifier un facteur, et c’est la seule où intervient la condition que les dénominateurs soient non nuls. La figure représente par le point de coordonnées : les fractions équivalentes apparaissent alignées avec l’origine.
Démonstration
Réflexivité : par la commutativité du produit, les produits en croix d’une fraction avec elle-même coïncident.
Symétrie : si , la commutativité du produit et la symétrie de l’égalité donnent la même condition, les rôles des fractions étant échangés.
Transitivité : nous partons des deux hypothèses, et nous voulons parvenir à . Sur la figure, , et .
Nous multiplions la première égalité par et remplaçons par , d’après la seconde.
Par l’associativité et la commutativité, le facteur apparaît dans les deux membres ; nous faisons tout passer dans le premier et le mettons en facteur.
Comme et que le produit de deux entiers non nuls est non nul, l’autre facteur est nul : les fractions extrêmes sont équivalentes.
S’il en est ainsi, les résultats généraux de la leçon sur les ensembles, les relations et les fonctions valent pour l’équivalence des fractions, et il n’est pas nécessaire de les répéter : par le théorème sur les équivalences et les partitions, les classes de fractions équivalentes forment une partition de l’ensemble des fractions, de sorte que chaque fraction appartient à une seule classe et que deux classes distinctes n’ont aucune fraction en commun. Chaque classe est un nombre.
Définition (nombre rationnel). Un nombre rationnel est la classe d’équivalence d’une fraction, c’est-à-dire l’ensemble de toutes les fractions qui lui sont équivalentes, et n’importe laquelle d’entre elles le représente ; dans la notation de la leçon sur les ensembles, les relations et les fonctions, le rationnel représenté par est la classe , et on l’écrit ici simplement . L’ensemble des nombres rationnels, qui est l’ensemble quotient des fractions par leur équivalence, est noté . On écrit lorsque les deux fractions représentent le même rationnel, c’est-à-dire lorsqu’elles sont équivalentes, comme l’affirme le lemme sur les classes d’équivalence qui y est démontré.
Chaque entier est identifié au rationnel représenté par . L’identification ne confond pas des entiers distincts, car équivaut à , c’est-à-dire à ; en ce sens, . On vérifiera plus loin que les opérations des rationnels, appliquées aux entiers, donnent les opérations habituelles. La règle pratique la plus employée pour changer de fraction sans changer de nombre est la suivante.
Pour tous les entiers , et , avec et , on a . En particulier, , de sorte que tout rationnel est représenté par une fraction de dénominateur naturel. Lue de gauche à droite, l’égalité simplifie un facteur commun ; lue de droite à gauche, elle amplifie la fraction. La figure en montre le sens : si chaque part du tout est divisée en parts égales, la même portion se décrit avec fois plus de parts.
Démonstration
Sur la figure, divise le tout en parts égales et en prend .
Si chaque part est divisée en parts égales, le tout est divisé en parts, et la portion prise en contient .
Avec , la même portion se décrit avec douze parts.
L’équivalence ne dépend pas du dessin : les produits en croix coïncident, par l’associativité et la commutativité du produit. La condition assure seulement que est un dénominateur admissible.
Avec on obtient le changement de signe des deux termes ; si le dénominateur est strictement négatif, ce changement le rend naturel.
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