Résumé
Cette leçon ouvre la première unité du cours, consacrée au langage de la logique propositionnelle. Elle présente ses quatre leçons et le fil qui les relie, de la distinction entre la validité et la vérité jusqu’à la formalisation de raisonnements du français ; elle situe l’unité sur le chemin complet du cours, qui va du langage à la déduction, à la sémantique et à la métathéorie, et explique pourquoi la syntaxe doit précéder les trois autres ; elle justifie le choix d’une langue de deux symboles seulement, le cercle et le disque, avec une unique règle de formation ; elle précise le peu qui est tenu pour acquis, à savoir lire avec attention et l’arithmétique élémentaire ; elle formule le problème que l’unité résout, celui d’écrire de sorte que chaque expression ait une seule lecture et de le démontrer pour une infinité de formules, et donne des conseils pour l’étudier.
Objectifs d’apprentissage
- Décrire la suite des contenus de l’unité et expliquer ce que chaque leçon apporte à la suivante.
- Situer l’unité dans le parcours du cours (langage, déduction, sémantique et métathéorie) et expliquer pourquoi la syntaxe est étudiée avant les trois autres parties.
- Expliquer, à l’aide d’un exemple, pourquoi une notation qui place le connecteur entre ses arguments et n’a pas de parenthèses est ambiguë, et pourquoi la langue des cercles et des disques ne l’est pas.
- Reconnaître le peu que l’unité suppose et organiser son étude, avec l’autoévaluation d’entrée comme point de départ.
Évaluation d’entrée
Avant de parcourir l’unité, il convient de mesurer le point de départ. Cette évaluation est une autoévaluation : elle n’est pas notée, et son seul but est d’orienter l’étude. Ses onze questions portent, dans l’ordre, sur les quatre leçons de l’unité : trois sur la première, trois sur la deuxième, deux sur la troisième et trois sur la quatrième. Qui n’a jamais étudié la logique ne doit pas s’attendre à toutes les réussir, et cela n’a pas d’importance : chaque réponse, juste ou non, explique le point et nomme la leçon qui le traite. Les mêmes compétences sont mesurées de nouveau à la fin, dans la leçon de synthèse ; comme il s’agit de la première unité d’un cours sans prérequis, il n’y a pas de questions sur des unités antérieures.
Avant de commencer l’unité, mesurez votre point de départ. C’est une autoévaluation brève : elle n’est pas notée et son résultat n’est conservé que dans votre navigateur.
Question 1Un raisonnement est valide, et sa conclusion est fausse. Que peut-on affirmer de ses prémisses ?
Cette réponse confond la validité avec la vérité. La validité est une propriété de la forme : « tout nombre premier est impair ; est premier ; donc est impair » est valide, et sa conclusion est fausse parce que sa première prémisse l’est.C’est trop exiger : dans le raisonnement sur le nombre , la prémisse « est premier » est vraie. La validité garantit seulement qu’elles ne sont pas toutes vraies.Les prémisses d’un raisonnement peuvent être quelconques, même de simples suppositions ; la validité ne dit rien de leur vérité, seulement de ce qui arrive si elles sont vraies.Un raisonnement valide ne peut pas avoir toutes ses prémisses vraies et sa conclusion fausse : si toutes étaient vraies, la conclusion le serait. Par conséquent, la conclusion étant fausse, une prémisse fait défaut ; une seule suffit.À revoir : Qu’est-ce que la logique mathématique
Question 2De quoi parle la phrase « “Rome” a quatre lettres », et est-elle vraie ?
Cela vaudrait pour « Rome a quatre lettres », sans guillemets, où le mot est utilisé pour parler de la ville. Avec les guillemets, la phrase parle du mot.Cette réponse mêle l’usage et la mention : si la phrase parlait de la ville, elle lui attribuerait des lettres, qu’une ville n’a pas ; ce qui a quatre lettres, c’est son nom, et c’est de lui que parle la phrase.La phrase ne parle pas d’elle-même, mais d’un mot ; c’est une phrase déclarative, vraie ou fausse, et donc une proposition.Les guillemets font de l’expression le nom de cette expression : la phrase mentionne le mot, elle ne l’utilise pas pour désigner la ville. Le mot a, en effet, quatre lettres.À revoir : Qu’est-ce que la logique mathématique
Question 3À propos de la liste des nombres , , , on affirme : « tous les nombres de la liste ne sont pas premiers ». Que peut-on dire de cette phrase ?
Ce n’est qu’une de ses lectures, celle qui nie chaque nombre séparément. La phrase en admet une autre, tout aussi grammaticale, et avec cette liste les deux ont des valeurs différentes.C’est la lecture « ils ne sont pas tous premiers » ; la phrase admet aussi « aucun n’est premier », qui est fausse. Avant d’évaluer une phrase ambiguë, il faut décider laquelle de ses lectures on évalue.Un paradoxe déduit une contradiction d’hypothèses acceptables ; ici on n’en déduit aucune : il y a deux lectures, chacune avec sa valeur. L’ambiguïté n’est pas un paradoxe.C’est une ambiguïté de portée : on ne sait pas si la négation porte sur chaque nombre ou sur l’affirmation entière. Comme est premier, la première lecture est fausse ; comme ne l’est pas, la seconde est vraie.À revoir : Qu’est-ce que la logique mathématique
Question 4Combien de chaînes distinctes de longueur peut-on écrire avec les deux symboles et ?
Bonne réponse :
Chacune des quatre places admet deux symboles, et chaque choix donne une chaîne différente : en passant d’une longueur à la suivante, le nombre de chaînes double, de sorte qu’il y a , , et chaînes de longueurs à . Qui obtient a multiplié par la longueur au lieu de l’élever à cette puissance ; qui obtient a additionné les chaînes de toutes les longueurs de à .À revoir : Le langage de la logique propositionnelle
Question 5Si et , quelle chaîne est la concaténation , qui consiste à écrire à la suite de ?
C’est : on a écrit d’abord . La concaténation n’est pas commutative, et l’ordre des lettres indique l’ordre des chaînes.Une chaîne n’est pas un ensemble de symboles : les symboles répétés comptent chaque fois qu’ils apparaissent, et la concaténation conserve tous ceux des deux chaînes.La concaténation produit une seule chaîne, de trois symboles ; les lettres et ne faisaient que nommer ses deux parties.On écrit les symboles de puis ceux de , dans cet ordre ; la longueur est la somme des longueurs, .À revoir : Le langage de la logique propositionnelle
Question 6Dans la langue du cours, les variables sont les chaînes , , , et ainsi de suite, et l’unique règle dit que, si et sont des formules, en est une aussi. Laquelle des chaînes suivantes est une formule ?
Elle commence par un cercle, de sorte que, si c’était une formule, ce serait une variable ; or après la variable il reste un disque de trop, et aucune variable ne se termine par deux disques.Le disque initial exige deux formules à sa suite, et il n’y en a ici qu’une, la variable .Toute formule se termine par un disque : les variables se terminent ainsi, et la règle conserve le dernier symbole de . Une chaîne qui se termine par un cercle n’est pas une formule.C’est un disque suivi des variables et : la règle appliquée une fois à deux formules.À revoir : Le langage de la logique propositionnelle
Question 7Quelqu’un démontre que, pour tout entier naturel , si est pair, alors est pair. Que peut-on en conclure ?
Cette conclusion omet l’initialisation, qui n’est pas une formalité : sans elle, l’hérédité peut être vraie pour une propriété qui n’est jamais vérifiée, comme celle-ci.L’hérédité n’établit aucun point de départ ; pour conclure à partir de , il faudrait démontrer que est pair, et il ne l’est pas.Sans un cas vrai d’où partir, l’hérédité n’en garantit pas un seul ; et dans ce cas il n’y en a aucun.L’hérédité affirme seulement que la propriété se transmet de chaque entier naturel au suivant ; si elle n’est pas vraie pour le premier, la chaîne d’implications n’est attachée à rien. Ici est impair, et le produit de nombres impairs est impair.À revoir : Récurrence sur les entiers et induction sur les formules
Question 8Pour démontrer que toutes les formules de la langue des cercles et des disques ont une certaine propriété, que suffit-il de démontrer ?
Cette réponse laisse de côté les autres variables et presque toutes les formules composées : la négation de est la chaîne particulière , et des formules comme , à deux composantes distinctes, ne sont pas des négations.La seule formule de longueur est ; vérifier un cas, ou beaucoup, ne dit rien de l’infinité des autres. Il faut une hérédité qui transmette la propriété aux formules composées.Aucune quantité d’exemples vérifiés ne démontre une affirmation sur une infinité de formules ; c’est pourquoi l’unité construit l’induction.C’est le principe d’induction sur la complexité des formules : son initialisation couvre toutes les pièces initiales, et son hérédité, l’unique règle de formation. Toute formule s’obtient avec ces pièces et cette règle, de sorte qu’aucune n’est laissée de côté.À revoir : Récurrence sur les entiers et induction sur les formules
Question 9Avec le dictionnaire , « il pleut », et , « le match est annulé », comment se formalise « le match est annulé seulement s’il pleut » ?
Cette réponse confond « seulement si » avec « si » : cette formule dit que la pluie suffit à faire annuler le match, et l’énoncé ne l’affirme pas ; il dit seulement que sans pluie il n’y a pas d’annulation.Elle ajoute une condition que l’énoncé ne contient pas : que la pluie suffise à faire annuler le match. Le « seulement si » ne donne qu’une seule direction.Elle affirme qu’il pleut et que le match est annulé, alors que l’énoncé est conditionnel : il est vrai aussi un jour sans pluie où le match se joue.« seulement si » dit que n’a pas lieu sans : si le match est annulé, alors il pleut. La flèche est dirigée vers ce qui suit le « seulement si », qui est la condition nécessaire.À revoir : Formalisation du langage naturel
Question 10Avec le dictionnaire , « il pleut », et , « il fait froid », quelle formule suit littéralement la construction « il ne pleut ni ne fait froid » ?
Cette formule est vraie dès qu’il manque au moins une des deux choses, par exemple s’il pleut et qu’il ne fait pas froid ; l’énoncé, au contraire, exige que les deux manquent.Elle dit « pas les deux », ce qui est vrai lorsqu’une seule des deux choses a lieu ; « ni… ni » exige qu’aucune n’ait lieu.Elle dirait « il n’est vrai ni qu’il ne pleut pas ni qu’il ne fait pas froid », c’est-à-dire qu’il pleut et qu’il fait froid : la négation conjointe contient déjà les négations, et nier ses parties les redouble.La négation conjointe est vraie exactement lorsque ses deux parties sont fausses, et elle se lit « ni ni » : le français possède une construction qui correspond exactement à l’unique connecteur primitif du cours.À revoir : Formalisation du langage naturel
Question 11Dans quels cas l’implication du cours, appelée implication matérielle, est-elle fausse ?
C’est l’inverse : avec l’antécédent faux, l’implication est vraie, quelle que soit . « Pour tout , si est multiple de , il est pair » doit être vraie aussi avec .L’implication matérielle n’affirme aucune connexion, causale ou de sens, entre ses parties : sa vérité ne dépend que de la vérité de et de .Cette réponse confond l’implication avec sa réciproque, . Avec le conséquent vrai, est vraie.L’implication abrège , qui est vraie lorsque est fausse ou que est vraie ; elle échoue dans un seul cas. C’est la seule chose qu’une implication interdit.À revoir : Formalisation du langage naturel
Les contenus de l’unité
Cette unité sert, avant tout, le premier des objectifs du cours, distinguer le langage objet du métalangage et décider à l’aide des règles de formation si une chaîne est une formule ; elle sert aussi le deuxième, formaliser des énoncés et des raisonnements du langage naturel, et elle prépare le quatrième, démontrer des métathéorèmes par induction, qui accompagnera le cours jusqu’à sa dernière unité. Son but est qu’au terme de l’unité on sache ce qu’étudie la logique, que l’on dispose d’un langage formel construit en toute rigueur, que l’on sache démontrer des propriétés de toutes ses formules et que l’on puisse y traduire des énoncés et des raisonnements du français, en sachant ce que la traduction conserve et ce qu’elle perd. Ses quatre leçons forment une chaîne dans laquelle chacune s’appuie sur les précédentes.
- Qu’est-ce que la logique mathématique. Elle délimite l’objet de la discipline : non la vérité des énoncés particuliers, mais la validité, la relation entre prémisses et conclusion qui garantit que la vérité des premières passe à la seconde. Elle distingue la validité de la vérité, montre pourquoi le langage naturel, ambigu et capable de parler de lui-même, ne suffit pas pour l’étudier, et établit la distinction entre langage objet et métalangage. Elle analyse, en explicitant leurs hypothèses, les paradoxes du menteur, de Berry, du barbier et de Russell, et se termine par la carte du cours.
- Le langage de la logique propositionnelle. Elle enseigne l’indispensable sur les ensembles et sur les chaînes de symboles, dénombre les chaînes que l’on peut écrire avec deux symboles et construit la langue de base : une infinité de variables écrites avec des cercles et des disques, une seule règle de formation et une clause de clôture, dont on déduit un principe pour démontrer des propriétés de toutes les formules. Elle donne une procédure pour décider si une chaîne est une formule et construit, sur la langue de base, le métalangage avec lequel on travaillera désormais : les métavariables, la négation conjointe écrite avec des parenthèses et les abréviations officielles des autres connecteurs.
- La récurrence sur les entiers et l’induction sur les formules. Elle enseigne la récurrence sur les entiers naturels, simple et forte, et la transpose aux formules sous la forme de l’induction structurelle. Avec elle, elle démontre le lemme du poids et, à partir de lui, le théorème de lecture unique, que la leçon précédente avait énoncé : chaque formule composée se décompose d’une seule façon. La lecture unique légitime enfin les définitions par récurrence sur les formules (longueur, sous-formules, profondeur) et la substitution d’une sous-formule par une autre.
- La formalisation du langage naturel. Elle jette le pont entre le français et le langage formel : le dictionnaire d’une formalisation, la lecture de chaque connecteur déduite de celle du connecteur primitif, les subtilités de « mais », « seulement si » et « à moins que », la portée des connecteurs, l’implication matérielle et ce que la logique propositionnelle ne peut pas exprimer. Elle se termine en formalisant des raisonnements complets comme un ensemble de prémisses et une conclusion, que les unités suivantes soumettront à la déduction et à la sémantique.
L’unité se termine par la leçon de synthèse et défis, qui rassemble l’acquis en une chaîne déductive, reprend dans son évaluation de sortie les compétences de l’évaluation d’entrée et propose des défis qui combinent plusieurs leçons.
La place de l’unité dans le cours
Le cours parcourt, pour le langage le plus simple de la logique, le chemin complet d’une théorie logique, et il le fait en quatre parties, qui sont ses quatre unités de contenu. La première, celle-ci, fixe le langage. La deuxième, la déduction, définit ce que signifie qu’une formule s’obtienne d’un ensemble de formules au moyen d’axiomes et de règles d’inférence, ce qui s’écrira ; c’est la face syntaxique de la validité, où l’on manipule des symboles sans égard à leur signification. La troisième, la sémantique, attribue à chaque formule une valeur de vérité dans chaque valuation et définit ce que signifie que soit conséquence de , ce qui s’écrira ; c’est la face sémantique de la validité. La quatrième, la métathéorie, démontre que les deux faces coïncident : la correction dit que tout ce qui est déductible est conséquence, et la complétude, que toute conséquence est déductible.
S’il en est ainsi, la syntaxe n’est pas un préambule que l’on puisse abréger, mais la condition des trois autres parties. Une déduction est une suite de formules, et pour décider si une suite en est une il faut savoir, sans hésitation, quelles chaînes sont des formules et comment elles se décomposent ; une valuation s’étend des variables à toutes les formules par récurrence, et la définition par récurrence ne donne une valeur à chaque formule que si chaque formule se lit d’une seule manière ; les théorèmes de la métathéorie se démontrent par induction sur la complexité des formules ou par récurrence sur la longueur des déductions. Il s’ensuit l’ordre de l’unité : d’abord, ce que l’on veut étudier et pourquoi il faut un langage formel ; ensuite, le langage ; puis l’instrument pour démontrer quelque chose de toutes ses formules, avec lequel on prouve la lecture unique ; et, enfin, le pont vers les raisonnements du français, qui sont la raison d’être de tout ce qui précède.
Pourquoi une langue de cercles et de disques
Le langage du cours a un alphabet de deux symboles seulement, le cercle et le disque , et une seule règle de formation : si et sont des formules, en est une aussi. La -ième variable est la chaîne de cercles suivis d’un disque, . À première vue, le choix est étrange, car les formules ainsi écrites sont difficiles à lire. Il a pourtant quatre raisons précises.
La première est que deux symboles suffisent pour écrire une infinité de variables sans sortir d’un alphabet fini, de sorte que toute formule est, littéralement, une chaîne finie de symboles d’un ensemble à deux éléments, et que les questions sur le langage sont des questions sur des chaînes, que l’on peut dénombrer et comparer. La deuxième est qu’une seule règle laisse un seul cas dans chaque démonstration par induction : ce qui est prouvé pour les variables et pour est prouvé pour toutes les formules, sans un cas par connecteur. La troisième est que la règle place le connecteur devant ses deux arguments, comme dans la notation que Jan Łukasiewicz proposa dans les années 1920, et c’est pourquoi elle n’a pas besoin de parenthèses : la lecture unique se démontre par un argument d’une page, qui attribue à chaque variable le poids et à chaque disque connecteur le poids . La quatrième est que l’unique connecteur, la négation conjointe, « ni ni », suffit pour exprimer tous les autres, comme l’observa Charles Sanders Peirce vers 1880 et comme le publia Henry Sheffer en 1913, et comme le démontrera l’unité de sémantique ; de sorte que l’économie du langage ne sacrifie rien de ce que la logique propositionnelle peut dire.
Or le prix de cette économie est la lisibilité, et l’unité le paie dans le métalangage : personne n’écrira au quotidien des chaînes de cercles et de disques, mais leurs noms, , , , définis une seule fois et dépliables, à tout moment, jusqu’à la chaîne qu’ils désignent. Par conséquent, le cours travaille à deux niveaux à la fois : une langue de base minimale, sur laquelle on démontre, et une notation commode, avec laquelle on écrit ; et la distinction entre langage objet et métalangage, que la première leçon introduit, est celle qui permet de ne pas les confondre.
Ce qui est tenu pour acquis
L’unité part de presque rien. Elle ne suppose pas d’avoir étudié la logique, ni de connaître la théorie des ensembles, ni d’avoir jamais démontré un théorème : ce qu’elle utilise des ensembles, la deuxième leçon l’enseigne, et ce qu’elle utilise de la récurrence, la troisième. Elle suppose seulement deux choses. La première, lire avec attention : dans un langage formel, un symbole ajouté ou omis change la chaîne, et l’ordre des mots d’une définition importe autant que les mots eux-mêmes. La seconde, l’arithmétique élémentaire des entiers naturels, qui dans ce cours sont : additionner et multiplier, calculer des puissances de , distinguer les nombres pairs des impairs et reconnaître un nombre premier.
Qui souhaite un appui supplémentaire pour la récurrence peut consulter les leçons sur les axiomes de Peano et sur les sommes et la récurrence du cours Algèbre et géométrie I ; ce n’est pas nécessaire, car la troisième leçon de cette unité enseigne la récurrence à partir de son énoncé.
Le problème que l’unité résout
La logique étudie la validité, et la validité dépend de la forme des raisonnements. Mais, pour parler de la forme avec rigueur, il faut que chaque expression ait une seule forme, et le langage naturel ne le garantit pas : « le double de trois plus quatre » peut valoir ou , selon le regroupement. Cela pose deux problèmes, qui sont ceux de l’unité. Le premier est de construire un langage dans lequel chaque expression se lise d’une seule façon. Le second est de le démontrer : les formules sont en nombre infini, et aucune vérification au cas par cas, si longue soit-elle, n’établit qu’elles se lisent toutes d’une seule façon. L’exemple suivant montre les deux problèmes dans une seule expression.
L’expression , écrite avec le connecteur entre ses arguments et sans parenthèses, n’indique pas lequel des deux connecteurs est le principal. Dans la langue des cercles et des disques, en revanche, chaque regroupement est une chaîne différente, et la chaîne elle-même dit comment elle se regroupe.
Démonstration
Première lecture : le premier connecteur relie à , et le second est le principal. Dans la langue de base, les deux disques vont devant.
Seconde lecture : le second connecteur relie à , et le premier est le principal. Le second disque va entre et .
Écrites avec des cercles et des disques, les deux chaînes diffèrent dès leur deuxième symbole : ce sont des formules distinctes.
Pour lire la première chaîne, il suffit de compter : après le disque initial, chaque disque connecteur retranche et chaque variable ajoute , et la première composante se termine là où la somme atteint pour la première fois .
D’où la première composante est et la seconde, : la chaîne se lit selon la première lecture, et d’aucune autre façon. Que ce décompte fonctionne pour toutes les formules, et pas seulement pour celle-ci, c’est le théorème de lecture unique, que la troisième leçon démontre par induction.
La réponse de l’unité à ces deux problèmes a donc deux parties. Pour le premier, une langue dont l’unique règle place le connecteur devant, de sorte que les parenthèses sont superflues, et un métalangage dont les abréviations désignent chacune une seule chaîne. Pour le second, un principe de démonstration, l’induction sur la complexité des formules, qui passe d’un nombre fini de vérifications (les variables et la règle) à toutes les formules, de même que la récurrence sur les entiers passe de et du passage de à à tous les nombres. Avec ces deux parties, la forme d’un raisonnement devient un objet précis, et la question de sa validité peut être posée avec rigueur dans les unités suivantes.
Comment étudier l’unité
Il convient de commencer par cette évaluation d’entrée et de noter les questions manquées, qui signalent les leçons où il faut s’attarder. Les quatre leçons doivent être étudiées dans l’ordre, car chacune utilise ce qu’établissent les précédentes. Dans la deuxième et la troisième, l’étude exige papier et crayon : les chaînes de cercles et de disques se lisent mal à l’écran, et il convient de les recopier, de séparer leurs mots (chaque variable et chaque disque isolé) et de noter le poids de chacun, jusqu’à ce que le décompte de la lecture unique devienne une habitude. Les démonstrations sont publiées sous forme de lecteurs pas à pas, et chaque étape doit pouvoir être justifiée avant d’avancer. Dans la première et la quatrième, le travail est de lecture attentive : devant chaque phrase du français, se demander ce qu’elle affirme exactement, quelles lectures elle admet et quelle formule la représente. Enfin, l’indication et la réponse de chaque problème proposé ne s’ouvrent qu’après l’avoir sérieusement tenté.
Où elle mène
Au terme de l’unité, le langage sera fixé, et les unités suivantes bâtiront sur lui sans le remettre en discussion. Celle de déduction définira un système d’axiomes et deux règles d’inférence, le modus ponens et, une fois démontrée la double négation, le remplacement de la double négation, dont les déductions sont des suites de formules ; ses axiomes s’écrivent avec les abréviations officielles, que cette unité définit, et son théorème de déduction se démontre par récurrence sur la longueur des déductions, avec l’instrument qu’on apprend ici. Sa première leçon est celle des systèmes déductifs formels. Celle de sémantique attribuera des valeurs de vérité aux variables et les étendra à toutes les formules par récurrence, ce qui n’est possible que grâce à la lecture unique ; elle justifiera par des tables les lectures informelles des connecteurs qu’utilise la quatrième leçon, et démontrera, dans la leçon sur la complétude fonctionnelle, que la négation conjointe suffit pour exprimer n’importe quel connecteur. Celle de métathéorie, enfin, démontrera par induction la correction et la complétude, et les raisonnements que cette unité apprend à formaliser pourront, au bout du compte, être tranchés indifféremment par la déduction ou par la sémantique.
Hors de ce cours, la syntaxe d’un langage formel est celle de tout langage de programmation : un compilateur, comme ceux de Programmation en C++ I, commence par décider si un programme est bien formé et par le décomposer d’une seule façon. La distinction entre la validité et la vérité est aussi le point de départ de la Logique aristotélicienne, qui étudie la forme des syllogismes ; et la récurrence de la troisième leçon est la même qui démontre les propriétés des nombres en Algèbre et géométrie I. Dans tous ces domaines, comme dans la rédaction de règlements et de contrats, la leçon est la même : dire avec précision ce que l’on affirme exige un langage dans lequel chaque expression ait une seule lecture.