Résumé
Cette leçon transforme la classification des entiers selon leur reste en un calcul. Elle définit la congruence modulo , démontre qu’elle équivaut à laisser le même reste, qu’elle est une relation d’équivalence et qu’elle respecte l’addition, la multiplication et les puissances, et construit avec ses classes l’ensemble des restes, avec ses tables d’addition et de multiplication. Avec l’identité de Bézout, elle détermine quels restes ont un inverse et résout entièrement les congruences linéaires ; elle démontre le théorème des restes chinois et le petit théorème de Fermat, relit les critères de divisibilité comme des congruences, et applique tout cela aux chiffres de contrôle, au calendrier et au système cryptographique RSA, dont la correction est démontrée.
Objectifs d’apprentissage
- Démontrer que la congruence modulo est une relation d’équivalence compatible avec l’addition, la multiplication et les puissances, et l’utiliser pour calculer des restes de grands nombres.
- Construire les tables d’addition et de multiplication de et déterminer, au moyen du plus grand commun diviseur, quels restes ont un inverse.
- Décider si une congruence linéaire a une solution, calculer combien de solutions elle a modulo et les trouver toutes.
- Résoudre des systèmes de congruences à modules premiers entre eux au moyen du théorème des restes chinois, en construisant la solution et en démontrant son unicité.
- Démontrer le petit théorème de Fermat et l’appliquer à des restes de puissances, à des divisibilités vraies pour tout entier et à la correction du système RSA.
- Analyser quelles erreurs un chiffre de contrôle détecte et calculer des jours de la semaine au moyen de congruences.
La relation de congruence
Si aujourd’hui est un lundi, dans jours ce sera un mardi, et dans jours ce sera un dimanche : pour le savoir, il n’est pas nécessaire de compter les jours un par un, car il suffit de connaître le reste de la division du nombre de jours par . De même, heures après heures, il est heures sur une horloge de heures, et le dernier chiffre d’un produit ne dépend que des derniers chiffres des facteurs. Dans les trois cas, on calcule avec des restes et on oublie le quotient. La leçon sur la divisibilité et la division euclidienne a réparti les entiers en classes selon le reste qu’ils laissent dans la division par un entier naturel, et a démontré que le reste d’une somme, d’un produit et d’une puissance ne dépend que des restes des données. Cette leçon donne à ces observations un langage propre, celui des congruences, que Gauss introduisit en 1801 dans ses Disquisitiones Arithmeticae, et en fait un instrument de calcul. Comme dans cette leçon, les entiers sont utilisés par anticipation, avec les règles de leur arithmétique et de leur ordre, qui sont fondées dans la leçon sur les entiers relatifs.
Définition (congruence). Soit un entier naturel. Deux entiers et sont congrus modulo si divise leur différence . On écrit et on lit « est congru à modulo » ; l’entier naturel s’appelle le module de la congruence.
Ainsi, , car ; , car ; et un entier est pair exactement lorsqu’il est congru à modulo . Que soit multiple de s’écrit maintenant . Avec le module , tous les entiers sont congrus entre eux, car divise tout entier ; ce cas est sans intérêt, et dans les exemples le module sera au moins égal à . Le signe , à trois traits, rappelle celui de l’égalité parce que, comme on le verra, la congruence se comporte presque en tout comme elle ; l’exception, la division, occupera la section sur les inverses.
La définition par la différence est la plus commode pour démontrer, mais l’intuition des exemples initiaux est celle du reste. La proposition suivante assure que les deux disent la même chose ; son contenu a déjà été observé, sous une autre forme, dans la leçon sur la divisibilité, pour fonder les critères de divisibilité, et il est démontré ici en détail.
Deux entiers sont congrus modulo si et seulement s’ils laissent le même reste dans la division par . Soient et les divisions euclidiennes de et de par , avec et . La figure dispose les entiers de à en lignes de , de sorte que chaque colonne réunit ceux qui laissent un même reste.
Démonstration
Si les restes coïncident, , en soustrayant les deux divisions, le reste s’élimine, et la différence est un multiple de .
Réciproquement, supposons que divise , c’est-à-dire que pour un certain entier . Nous substituons la division de .
Comme , cette égalité est une division euclidienne de par de reste . Par l’unicité du quotient et du reste, est le reste de , c’est-à-dire .
Sur la figure, , , , , , et occupent la même colonne : tous laissent le reste , et leurs différences sont des multiples de .
En particulier, tout entier est congru modulo à son reste, qui est l’un des entiers , et à un seul d’entre eux, car deux de ces entiers sont leurs propres restes et, s’ils sont distincts, laissent des restes distincts. Calculer modulo consiste à remplacer chaque nombre par un représentant commode de sa colonne : le reste, ou parfois un petit nombre strictement négatif, comme au lieu de .
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