Résumé
Cette leçon définit l’addition, la multiplication et la puissance des entiers naturels à partir du successeur des axiomes de Peano, avec le théorème de récurrence, qui garantit que les définitions par récurrence déterminent une opération unique ; elle admet sa partie d’existence, démontre par récurrence sa partie d’unicité et en déduit les propriétés des opérations : commutativité, associativité, distributivité et simplification. Elle définit ensuite la relation d’ordre au moyen de l’addition, avec ses propriétés de trichotomie, de transitivité et de monotonie, ainsi que les opérations réciproques, la soustraction et la division, et les conditions dans lesquelles elles existent. Le principe de récurrence est l’instrument de toutes les démonstrations.
Objectifs d’apprentissage
- Énoncer le théorème de récurrence et écrire avec lui les définitions par récurrence de l’addition, de la multiplication et de la puissance des entiers naturels.
- Démontrer par récurrence des propriétés des opérations à partir de leurs définitions.
- Définir l’ordre des entiers naturels au moyen de l’addition et appliquer ses propriétés de trichotomie, de transitivité et de monotonie.
- Reconnaître quand la soustraction et la division de deux entiers naturels existent, et calculer avec elles sans sortir des entiers naturels.
L’addition
Les opérations sur les entiers naturels sont connues depuis l’école ; il s’agit ici de les fonder avec une précision mathématique. Dans la leçon sur les axiomes de Peano, les entiers naturels ont été définis à partir de et de l’opération successeur, qui associe à chaque entier naturel le suivant, . L’addition se définit à partir du successeur par deux règles : ajouter , c’est prendre le successeur, et ajouter le successeur de , c’est prendre le successeur de la somme avec .
Une définition de ce type est dite par récurrence : la première règle fixe la valeur pour et la seconde ramène chaque cas au précédent. Or, que deux règles de ce genre définissent effectivement une opération renferme deux affirmations distinctes : qu’il existe une fonction qui les vérifie pour tous les entiers naturels (existence) et qu’il n’y a pas deux fonctions distinctes qui les vérifient (unicité). Les deux forment le théorème de récurrence, dû à Dedekind : ce cours admet la partie d’existence, comme on l’explique après l’encadré, et démontre celle d’unicité. On l’énonce sous une forme générale pour qu’il serve aussi à la multiplication, à la puissance et aux définitions par récurrence des leçons suivantes.
Fait admis (théorème de récurrence). Soient un ensemble et un élément de , et supposons donnée, pour chaque entier naturel , une règle qui associe à chaque élément de un élément de . Alors il existe une fonction de dans telle que et pour tout entier naturel , et cette fonction est unique.
L’existence est admise dans ce cours sans démonstration. Sa démonstration exige de construire la fonction comme un ensemble de couples : le plus petit ensemble de couples qui contient et qui, avec chaque couple , contient ; puis de vérifier, par récurrence, qu’à chaque entier naturel y correspond un unique second élément. Cette construction relève de la théorie des ensembles et n’apporte rien à l’arithmétique qui suit. L’unicité, en revanche, est une conséquence directe du cinquième axiome de Peano.
Si deux fonctions et de dans vérifient les deux conditions du théorème de récurrence, alors elles sont égales. La figure représente les valeurs de l’une et de l’autre sur les premiers entiers naturels.
Démonstration
Soit l’ensemble des entiers naturels en lesquels les deux fonctions coïncident. Il suffit de prouver que est l’ensemble de tous les entiers naturels.
L’entier appartient à , parce que les deux fonctions valent en .
Si appartient à , alors aussi : les deux fonctions appliquent la même règle à la même valeur.
D’après le cinquième axiome de Peano, est l’ensemble de tous les entiers naturels : les deux fonctions sont égales.
L’addition s’obtient à partir du théorème en fixant le premier terme et en prenant , et, pour tout , la règle qui associe à chaque entier naturel son successeur : la fonction que fournit le théorème est celle qui associe à chaque le nombre , et les deux règles de l’addition sont les deux conditions du théorème. De même, avec et la règle qui ajoute , on obtient la multiplication, et avec et la règle qui multiplie par , la puissance. Ajouter revient, en définitive, à appliquer fois le successeur.
L’affirmation la plus connue de l’arithmétique est un théorème qui se démontre avec les deux règles de l’addition et les noms , et .
Démonstration
Nous écrivons le second terme comme successeur de .
D’après la deuxième règle, ajouter un successeur, c’est prendre le successeur de la somme.
D’après la première règle, ajouter , c’est prendre le successeur.
Comme et , on obtient le résultat.
Des règles de l’addition se déduisent, par récurrence, ses propriétés. Pour tous les entiers naturels , et :
- Commutativité : .
- Associativité : . C’est pourquoi on peut écrire sans parenthèses.
- Simplification : si , alors .
La commutativité a été démontrée dans le problème résolu 5 de la leçon sur les axiomes de Peano, et l’associativité y est l’un des problèmes proposés. La simplification est démontrée dans le problème résolu 1 de cette leçon.
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